État de la Nation : ce qu'il faut retenir du discours du Chef de l'Etat Brice Clotaire Oligui Nguema

Un an après son investiture à la présidence de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté lundi 16 juin 2026 devant le Parlement réuni en Congrès son premier discours sur l'état de la Nation sous la Ve République. Pendant près de deux heures, le Chef de l'État a dressé un tableau sévère de l'héritage reçu avant le 30 août 2023, défendu les réformes engagées depuis la transition et annoncé une série de mesures destinées à accélérer la transformation du pays.

Par Mika M. pour Radio Ndougou

Dès les premières minutes de son intervention, le Président a assumé un exercice de « vérité » en décrivant un pays confronté à une dette élevée, un chômage massif des jeunes, des infrastructures dégradées et des services publics en difficulté. Selon lui, la refondation engagée depuis la transition vise à corriger des années de mauvaise gouvernance et à restaurer la crédibilité de l'État. « Mon mandat ne sera pas celui des fausses promesses et des maquettes mais celui de la responsabilité, des actions et du bâti », a-t-il déclaré devant les parlementaires.

Réformes institutionnelles et appel à un Parlement plus actif

Sur le plan politique, Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu les institutions issues du Dialogue national inclusif et de la nouvelle Constitution. Il a estimé que les élections organisées sous le nouveau cadre juridique ont permis un scrutin « libre et transparent » et a invité les parlementaires à exercer pleinement leurs prérogatives de contrôle de l'action gouvernementale. Le Chef de l'État a également ouvert le débat sur la possibilité de rendre le vote obligatoire afin de lutter contre l'abstention électorale. Autre chantier annoncé : la réforme du Code de la nationalité et l'encadrement juridique des réseaux sociaux. Le Président a justifié cette future législation par la nécessité de lutter contre la cybercriminalité, la diffamation et les appels à la violence, tout en rejetant les accusations de restriction des libertés publiques.

Emploi, dette et pouvoir d'achat au cœur des priorités

Sur le front économique, le Président a présenté la transformation locale des ressources naturelles comme l'axe central de sa stratégie de développement. Bois, minerais, hydrocarbures, agriculture et pêche ont été identifiés comme les principaux moteurs de croissance. Il a notamment mis en avant la prise de contrôle d'actifs pétroliers stratégiques par l'État gabonais, affirmant que le pays est désormais devenu son propre premier producteur national de pétrole. Concernant la dette publique, évaluée à environ 70 % du PIB à son arrivée au pouvoir, il a assuré que les discussions engagées avec le Fonds monétaire international portent sur une restructuration destinée à garantir sa soutenabilité. Face à la vie chère, le Chef de l'État a défendu la création d'une centrale d'achat et insisté sur la nécessité de produire localement davantage de biens de consommation pour réduire la dépendance aux importations.

Des annonces sociales attendues

Plusieurs annonces ont été faites à destination des agents publics et des retraités. Le Président a confirmé le lancement de la troisième phase du paiement des rappels de salaires des fonctionnaires, pour un montant de 35 milliards de FCFA. Depuis deux ans, l'État affirme avoir reversé un total de 105 milliards de FCFA au titre de ces régularisations. Il a également annoncé le démarrage du remboursement des épargnants de Poste SA, avec une première tranche de 10 milliards de FCFA destinée à solder progressivement une dette évaluée à près de 32 milliards. Dans le secteur de l'emploi, Brice Clotaire Oligui Nguema a revendiqué la création de près de 22 000 emplois dans le privé depuis la transition et mis en avant les programmes PassEmploi241, Gab Pêche ou encore « Un jeune, un taxi », qui a déjà permis la mise en circulation de plus d'un millier de taxis dans plusieurs villes du pays.

Transports : fin annoncée de certaines subventions

Parmi les mesures susceptibles de susciter le débat figure la réforme des transports publics. Le Président a confirmé la fusion de Sogatra et Trans'Urb pour créer une compagnie nationale interurbaine dotée de 100 nouveaux autobus. Mais il a également annoncé la fin progressive de la gratuité des transports publics et le retrait envisagé de la prime de transport de 35 000 FCFA pour les agents de l'État bénéficiant déjà d'un véhicule de fonction ou de service.

Diplomatie et ambitions continentales

Sur la scène internationale, le chef de l'État a affirmé vouloir repositionner le Gabon comme un acteur influent du continent. Il a confirmé la candidature de Libreville pour accueillir le sommet de l'Union africaine en 2027 et réaffirmé la volonté du Gabon d'appliquer l'arrêt de la Cour internationale de justice dans le différend frontalier avec la Guinée équatoriale tout en poursuivant les discussions sous médiation africaine.

Un appel à l'unité nationale

En conclusion de son discours, Brice Clotaire Oligui Nguema a appelé les Gabonais à l'unité, dénonçant les discours de haine, les manipulations identitaires et la désinformation. « Chaque fois que nous avons choisi l'unité, nous avons avancé », a-t-il déclaré, réaffirmant son ambition de bâtir « une République gabonaise prospère, souveraine, stable et respectée ». À travers ce premier discours sur l'état de la Nation, le Président a cherché à convaincre que les bases de la transformation du pays sont désormais posées.