01 mars 2026
L’Union africaine (UA) a exprimé, le 28 février 2026, sa vive inquiétude face à l’escalade militaire au Moyen-Orient impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Dans deux déclarations successives, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé à la retenue, à la désescalade urgente et au respect du droit international, avertissant que la crise pourrait avoir de « sérieuses implications pour les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique particulièrement en Afrique ». Explications.
Par Mika M. pour Radio Ndougou
Alors que les tensions militaires s’intensifient dans le Golfe et au Levant, la question se pose : quelles pourraient être les conséquences concrètes pour l’Afrique ? Le Moyen-Orient demeure un carrefour stratégique du pétrole et du gaz mondial. Toute escalade impliquant l’Iran, acteur clé du détroit d’Ormuz, fait mécaniquement grimper les prix du brut et accroît la volatilité des marchés.
Pour le Gabon, pays producteur de pétrole, la situation présente un double visage. À court terme, une hausse des prix du baril pourrait augmenter les recettes publiques et améliorer les marges budgétaires. À moyen terme, l’instabilité mondiale pourrait décourager les investissements étrangers, ralentir la demande mondiale et fragiliser les économies dépendantes des matières premières.
En Afrique centrale notamment, où plusieurs États (Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale) dépendent fortement des hydrocarbures, une flambée durable des prix pourrait d’abord apparaître comme une opportunité budgétaire. Mais l’expérience passée montre que les chocs géopolitiques prolongés entraînent souvent une contraction du commerce mondial, pénalisant in fine les économies exportatrices.
Pression sur les prix alimentaires et inflation importée
L’Union africaine a explicitement mis en garde contre les conséquences sur la sécurité alimentaire. Par exemple, l'Afrique centrale importe une part significative de ses denrées alimentaires, notamment des céréales. Une escalade militaire au Moyen-Orient peut perturber les routes maritimes stratégiques, augmenter les coûts du transport maritime et des assurances et accroître le prix des intrants agricoles (engrais, énergie). Dans un contexte où plusieurs pays africains font déjà face à des contraintes budgétaires, la combinaison inflation + dépendance aux importations représente un facteur de vulnérabilité majeur.
Risques financiers et monétaires pour la sous-région CEMAC
Les pays d’Afrique centrale, dont le Gabon, évoluent dans le cadre monétaire de la CEMAC. Une instabilité mondiale prolongée pourrait renchérir le coût de la dette sur les marchés internationaux, réduire l’accès aux financements extérieurs, voire même affecter les réserves de change en cas de déséquilibres commerciaux.
Les investisseurs internationaux ont tendance à se détourner des marchés émergents en période de tensions géopolitiques, privilégiant les actifs jugés plus sûrs. Cela pourrait compliquer les projets d’infrastructures et les programmes de diversification économique dans la sous-région.
Recomposition diplomatique et positionnement stratégique
Les déclarations de l’Union africaine traduisent une volonté d’équilibre diplomatique : condamnation des violations de souveraineté, appel au dialogue, respect du droit international.
Pour les pays d’Afrique centrale, cette crise pourrait aussi être un test diplomatique. Plusieurs États africains entretiennent des partenariats à la fois avec les puissances occidentales et avec des acteurs du Moyen-Orient.
Une polarisation accrue du système international pourrait contraindre certains pays à clarifier leurs alliances ou à naviguer avec prudence entre différents blocs d’influence.
Lire les communiqués de l'Union africaine et les articles de l'AGP.
Crédits photos : Istock FangXiaNuo
Commentaires(0)